Il toisa Maigret en grand seigneur. Il laissa tomber, sansremuer ses lèvres :

— Vous êtes ?…

— Commissaire Maigret, première Brigade mobile… Mortimerfronça à peine les sourcils, resta un instant penché comme s’il fût décidé àn’accorder qu’une seconde.

— Vous savez que vous venez de dîner avecPietr-le-Letton ?

— C’est tout ce que vous avez à me dire ?

Maigret ne broncha pas. C’étaient assez exactement les parolesauxquelles il s’attendait.

Il remit sa pipe entre ses dents – car il avait daignéla retirer pour adresser la parole au milliardaire – et grogna :

— C’est tout !

Il avait l’air content de lui. Levingston passa, glacial,pénétra dans l’ascenseur.

Il était un peu plus de neuf heures et demie. L’orchestresymphonique, qui avait accompagné le dîner, cédait la place au jazz. Des gensarrivaient du dehors.

Maigret n’avait pas dîné. Il resta debout au milieu du hall,sans manifester d’impatience. Le gérant, de loin, ne cessait de lui lancer desregards inquiets et maussades. Les plus humbles membres du personnel, enpassant près de lui, prenaient un air bourru, voire s’arrangeaient pour lebousculer.

Le Majestic ne le digérait pas. Il s’obstinait à faire unegrande tache noire et immobile parmi les dorures, les lumières, les allées etvenues de robes du soir, de manteaux de fourrure, de silhouettes parfumées etpétillantes.

Mrs Mortimer sortit la première de l’ascenseur. Elle avaitchangé de toilette. Elle se drapait, épaules nues, dans une cape de lamédoublée d’hermine.

Elle parut étonnée de ne pas trouver quelqu’un, commença parcirculer, en frappant le sol en cadence de ses hauts talons dorés.

Soudain, elle s’arrêta devant le bureau d’acajou où se tenaientemployés et interprètes, leur dit quelques mots.



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