
Tous trois bavardaient gaiement. Pietr-le-Letton parlaitbeaucoup, d’une voix discrète, en se penchant un peu. Il était parfaitement àl’aise, naturel, désinvolte en dépit de la sombre silhouette de Maigret qu’ilpouvait distinguer dans le hall, à travers les baies vitrées.
Au bureau, le commissaire réclama la liste des voyageurs. Illut sans surprise, à la place où le Letton avait signé : Oswald Oppenheim,venant de Brême, armateur.
Aucun doute qu’il possédât des passeports en règle, despapiers d’état civil complets à ce nom, comme il en possédait à d’autres.
Nul doute aussi qu’il eût déjà rencontré lesMortimer-Levingston ailleurs, à Berlin, à Varsovie, à Londres ou à New York.
N’était-il à Paris que pour les rencontrer et pour réaliserune des escroqueries colossales dans lesquelles il était spécialisé ?
Sa fiche, que Maigret avait en poche, portait :
« Individu extrêmement habile et dangereux, denationalité indéterminée, mais d’origine nordique. On le suppose Letton ouEstonien ; il parle couramment le russe, le français, l’anglais etl’allemand.
» Très instruit, il passe pour être le chef d’unepuissante bande internationale pratiquant surtout l’escroquerie.
» Cette bande a été repérée successivement à Paris, àAmsterdam (affaire Van Heuvel), à Berne (affaire des Armateurs réunis), àVarsovie (affaire Lipmann), et dans diverses villes européennes, où sesprocédés ont été moins nettement identifiés.
» Les complices de Pietr-le-Letton semblent appartenirsurtout à la race anglo-saxonne. Un de ceux qui ont été vus le plus souventavec lui, et qui a été reconnu pour avoir présenté le chèque falsifié à laBanque Fédérale de Berne, a été tué lors de son arrestation. Il se faisaitpasser pour un certain major Howard, de l’American Légion, mais on a pu établirque c’était un ancien bootlegger de New York, connu aux Etats-Unis sous lesobriquet de Gros Fred.
